Madame la Présidente, Cher-e-s Collègues,

Je veux tout d’abord vous dire que notre groupe s’associe à l’hommage que vous venez de rendre à Patrick Devedjian.

Comme vous toutes et tous ici nous avons été profondément touchés par sa disparition brutale.

Comme vous le savez nous ne partagions pas ses choix politiques, nos débats pouvaient parfois être vifs mais nous avions du respect entre nous, nous avions du respect pour l’homme. Certains d’entre nous avions pu le côtoyer dans des circonstances autres que les débats de cette assemblée et des relations plus humaines s’étaient tissées.

Personnellement les souvenirs que j’ai de nos déplacements dans les territoires de coopération décentralisée à Haïti ou récemment au Cambodge resteront des moments de découverte d’un homme d’une grande culture et beaucoup plus complexe que l’apparence des débats ici le laissait percevoir.

Notre groupe renouvelle donc ses condoléances les plus sincères à sa famille et ses amis. Il partage aussi votre peine ainsi que celle des agents départementaux.

Dans ces circonstances exceptionnelles et malheureuses, notre groupe n’a pas souhaité présenter un candidat à la Présidence du département.

Lors de cette séance qui est convoquée pour élire un nouveau Président et renouveler l’exécutif, je voudrais évoquer d’une part l’action du Département dans la crise sanitaire que nous traversons, et d’autre part quelques évolutions qui nous paraissent indispensable dans les politiques départementales.

Au nom des élus du groupe, je voudrais d’abord remercier tous les agents départementaux qui ont effectué et continuent d’effectuer leur mission de service public dans cette période difficile, dans l’intérêt des populations.

Notre département a pris dans l’urgence un certain nombre de mesures : aides aux communes, aux collégiens, aux personnes âgées à domicile, aux bénéficiaires de la prime d’activité, à l’installation de pistes cyclables provisoires… Evidemment notre groupe approuve ces mesures.

La période si difficile que nous traversons a ainsi mis en évidence, partout en France, la vulnérabilité des plus fragiles d’entre nous dans les situations de crise ; et dans le même temps, le rôle fondamental des collectivités locales pour leur permettre d’y faire face. Les Départements, notamment ; que leur mission de solidarité a placé au centre de la crise actuelle.

Les Hauts-de-Seine n’ont pas fait exception à cette règle. Un grand nombre de ses habitants ont été touchés de plein fouet par les conséquences de la pandémie, et se seraient retrouvés dans des situations plus dramatiques encore sans les mesures que les collectivités locales – communes et département – ont prises. Pour autant, si nous espérons tous que le pic de la crise sanitaire soit derrière nous, il est certain qu’une crise sociale majeure nous attend. Aujourd’hui, des altoséquanais ont faim ; et ne peuvent plus faire face à leurs charges de loyer et de nourriture.

Il nous semble donc que de nouvelles mesures de solidarité sont indispensables face à cette crise sociale et humanitaire que vivent les populations les plus impactées et les plus fragiles.

La première mesure, au sujet de laquelle nous vous avions sollicité par courrier ces dernières semaines, concerne un déploiement exceptionnel du FSL, permettant à tous les ménages présentant une baisse de revenus sur les mois en cours de bénéficier d’une aide au paiement de leur loyer et des charges pour éviter une explosion des dettes locatives. Aide qui ne peut être conditionnée, dans les conditions actuelles, à une reprise préalable du paiement du loyer, car certaines familles n’y parviendront pas immédiatement : pour lors, nous vous demandons de faire preuve de souplesse et de bienveillance.

De même, il nous semble que les bailleurs sociaux que nous aidons et en premier lieu Hauts-de-Seine Habitat pourraient prendre des mesures exceptionnelles d’annulation de plusieurs mois de charges de chauffage, ainsi que toutes mesures de suivi et d’accompagnement des locataires en grande difficulté financière. Notre collectivité devrait être à leur côté et examiner si nécessaire l’augmentation de nos financements.

La seconde mesure concerne l’apport d’une aide exceptionnelle aux associations caritatives de notre département pour pallier à l’explosion de pauvreté auxquelles elles font face. Ces associations rencontrent des personnes pour lesquelles elles n’étaient jamais intervenues : des intérimaires, des étudiants, des personnes en chômage partiel…  Malgré une multiplication, rarement vue, des actes de solidarité, elles sont dans une situation financière dangereuse pour leur pérennité.

Nous pensons que le département pourrait doubler la subvention de fonctionnement qu’il accorde chaque année au Secours Populaire, aux Restos du Cœur, à la banque alimentaire, au Secours Catholique et à la Croix-Rouge française.

La troisième mesure concerne les violences intrafamiliales, qui avec le confinement ont été en forte augmentation. Là aussi, des aides exceptionnelles aux associations qui ont été fortement sollicitées semblent indispensables.

La quatrième mesure concerne les nombreux jeunes et nombreuses familles, qui cet été, ne pourront pas partir en vacances par manque de moyens financiers ou tout simplement à cause de l’impossibilité d’aller voir leur famille dans les pays d’origine. Nous pensons que notre département devrait, en partenariat étroit avec les communes les plus concernées, examiner toutes les mesures à prendre pour que les activités proposées durant l’été créent les conditions de vacances et d’un été paisible dans tous les quartiers.

Même s’il ne s’agit pas aujourd’hui, à neuf mois du renouvellement de notre assemblée, de remettre à plat tous les choix qui font débat entre nous, ils sont nombreux vous le savez, il est pour notre groupe une évidence : la période que nous traversons a déjà révélé et même intensifié les immenses défis économiques, sociaux, écologiques qui nous attendent, et qui dès aujourd’hui pourraient nous conduire à réviser des choix départementaux qui ne nous paraissent plus tenables.

C’est pour nous évidemment le cas pour votre projet de fusion de notre département avec celui des Yvelines. Nos concitoyens demandent davantage de proximité et de solidarité, et la crise que nous traversons démontre chaque jour la légitimité de cette demande. Tous les projets qui consistent à éloigner les citoyens de leur territoire en regroupant ou supprimant les services vont à l’encontre de ces aspirations.

Nous renouvelons donc notre demande de mettre fin à ce projet de fusion.

Est-ce pour cela la fin des coopérations ? Sûrement pas, nous sommes pour continuer les coopérations avec ce département mais aussi à l’échelle de la Région, de la métropole, et entre tous les départements d’Ile-de-France, pour construire ensemble des réponses dans l’intérêt général des populations.

Cette crise a été aussi révélatrice des dégâts produit par les politiques libérales menées depuis des années dans notre pays et pas seulement dans la santé. On a pu mesurer les effets des politiques de réduction des services publics, des politiques d’austérité que notre groupe conteste. Ceci alors même que dans la crise, nous avons assisté à la reconnaissance du rôle essentiel des services publics et de leurs agents.

Il est plus qu’urgent que l’Etat redonnent des moyens humains et financiers aux hôpitaux, à l’éducation nationale, du pouvoir d’achat aux salariés et travailleurs de l’ombre, souvent méprisés et pourtant en première ligne pour tenir le pays debout, dans cette période.

Et ici, dans notre département, comment continuer à justifier des excédents budgétaires dépassant les 500 millions d’euros, quand les besoins en investissement et en fonctionnement sont aussi flagrants ?

Comment continuer à externalisation des services du département quand le besoin et l’utilité de services publics de qualité de proximité ont été démontrés avec cette crise ?

Nous pouvons les uns et les autres tirer des leçons de la situation exceptionnelle dans laquelle nous nous trouvons ; et qui appellent des décisions majeures dans les semaines et les mois à venir.

Pour notre part, nous espérons que face à l’ampleur de cette crise historique, le nouveau Président et le nouvel exécutif de cette assemblée infléchiront leurs choix politiques, en revenant au cœur de la mission première du département qu’est la solidarité, et en prenant un tournant nécessaire pour la transition écologique.

Comme nous espérons aussi que le futur Président et son exécutif seront à l’écoute de tous les territoires et de toutes les composantes de la population des Hauts-de-Seine.

Je vous remercie.