Monsieur le Président, Cher-e-s Collègues,

Une seule question : Prenons-nous la mesure de la crise climatique et des décisions à prendre pour éviter le pire ?

Depuis le 29 juillet, l’humanité a consommé toutes les ressources renouvelables de la planète pour l’année 2019. Cette date intervient, chaque année un peu plus tôt : en 2018, le « jour du dépassement » mondial tombait le 1er août. Il y a vingt ans, la date fatidique était le 29 septembre, deux mois en 20 an c’est énorme !

WWF, première organisation mondiale de protection de l’environnement, insiste sur les leviers d’action possibles face à cette situation :

« S’agissant des émissions de gaz à effet de serre, qui représentent 60 % de l’empreinte écologique mondiale, en les diminuant de 50 %, nous pourrions gagner 93 jours dans l’année, soit faire reculer le jour du dépassement en octobre », explique l’ONG.

« On constate qu’après la signature symbolique de l’Accord de Paris, lors de la COP21 en décembre 2015, rien n’a été fait. Les émissions de CO2 ont recommencé d’augmenter dans le monde entier dans des proportions inquiétantes. Les chances de rester dans les limites décidées alors d’un réchauffement à + 1,5 °C sont de plus en plus minces et les efforts vont devoir être beaucoup plus importants. »

« Si l’on continue comme cela, le réchauffement atteindra les + 4 °C à + 5 °C en 2100. C’est un monde que personne ne souhaite et pourtant on va droit vers un bouleversement total de la planète », dénonce encore WWF.

Aujourd’hui, en France et partout dans le monde, nous assistons à cette prise de conscience climatique et un appel citoyen massif pour une action forte et urgente.

Ce sont, par exemple, des milliers de jeunes qui participent « aux marches pour le climat » pour dénoncer la situation catastrophique du réchauffement climatique et exiger des actions fortes de la part des gouvernements.

Or, notre gouvernement n’a semble-t-il pas conscience de cet enjeu.

Il apporte son soutien aux traités de libre-échange comme le CETA, aux projets destructeurs (EuropaCity, CDG Express…), et aux industriels de l’énergie carbonée (renouvellement des concessions aux compagnies d’hydrocarbure, exonérations fiscales sur les énergies fossiles, division par deux du crédit d’impôt pour la transition énergétique, accord donné à Total pour importer 550 000 tonnes d’huile de palme…).

Il acte la fin du train des primeurs Perpignan-Rungis, donnant ainsi son feu vert à l’arrivée de 25 000 camions polluants supplémentaires sur les routes pour le remplacer.

Dans ce monde libéral, les êtres humains et la planète sont maltraités.

Nous devrions être toutes et tous conscient-e-s de l’urgence sociale, de la nécessité d’une transition écologique et énergétique, du besoin d’inverser la logique économique en cours, travailler pour un développement durable au service de tous, pour aujourd’hui et pour demain.

Améliorer le quotidien des Altoséquanais et intégrer l’ensemble des finalités du développement durable dans chacune des missions et compétences de notre département devrait être une priorité.

Une remarque préalable : ce rapport sur le développement durable est riche, intéressant et devrait être lu par tous les élus. Merci à ceux qui l’ont rédigé. Celui-ci est disponible à l’entrée de cette salle, c’est très bien mais publié sur du papier super glacé, ce n’est pas très écolo.

Concernant le contenu, en matière de développement durable dans notre département, nous sommes loin du compte et pour cause celui-ci reflète les politiques mises en place par le département que notre groupe ne cesse de dénoncer.

Patrick Jarry y reviendra à l’occasion du débat d’orientions budgétaires.

Si nous prenons quelques éléments du rapport, que constatons nous.

Concernant la lutte contre le changement climatique.

Le bilan des émissions de gaz à effet de serre (GES) du département qui nous était communiqué jusqu’à présent datait de 2014.

Il faisait apparaître les données suivantes dans les domaines d’activités les plus émissifs pour notre département :

Collèges : 46%, les chantiers : 23% et le patrimoine bâti départemental, hors collèges : 24%.

En 2018, le Département a procédé à l’élaboration de son nouveau bilan des émissions des Gaz à Effet de Serre portant sur les données de l’année 2017.

Qu’en est-il donc ?

Si celui-ci montre une diminution dans les postes des chantiers (-5%) et du patrimoine bâti départemental (-1%), nous constatons une forte augmentation dans le poste collèges, 54% au lieu de 46%, + 8%.

Ces données confirment la demande de notre groupe, depuis plusieurs années, d’agir et de définir des investissements massifs pour en finir avec des bâtis qui sont énergivores et qui réchauffent plus l’atmosphère que les locaux.

Mais comme nous le réclamons aussi depuis plusieurs années, et encore aujourd’hui, le département a aussi une responsabilité pour l’amélioration de la performance énergique dans le patrimoine de Hauts-de-Seine Habitat où de nombreux immeubles ont besoin de rénovation pour répondre aux enjeux de développement durable et de mise aux normes environnementales.

Concernant les déplacements alternatifs à la voiture.

Le droit à la mobilité pour tous est une demande importante que notre groupe soutient. Après la décision positive d’Ile de France Mobilité de prendre en charge 50% du coût du Pass Navigo pour les retraités, nous déposons un vœu aujourd’hui pour la prise en charge à 50% de la Carte Imagine R pour les jeunes de notre département.

Mais au-delà d’une plus grande accessibilité des transports en commun à toutes et tous, des déplacements alternatifs doivent être développés, notamment l’utilisation du vélo.

Or, là, une nouvelle fois, notre département n’est vraiment pas à la hauteur. C’est même catastrophique !

2Km de plus qu’en 2017 ! Moins bien qu’entre 2016 et 2017 où c’était 8km.

Sur les 332 km de voirie départementale seulement 146 Km sont aménagés souvent malheureusement sans continuité.

Vous avez même abandonné vos objectifs de 2018 dans le cadre de la mobilité durable des agents de la mise en place « indemnité kilométrique » pour ceux qui viennent en vélo ou encore la mise en place d’une flotte de vélos service.

Vous annoncez dans ce rapport que dès 2019/2020 un plan vélo interdépartemental avec les Yvelines s’appuyant sur des infrastructures propices aux déplacements de courte et moyenne distance.

Nous sommes le 18 octobre et pour l’instant rien de ce plan. Où en est-il et sera-t-il à la hauteur pour répondre aux besoins.

Mais comment pouvons-nous nous limiter à un plan avec le 78 quand nous sommes limitrophes du 95, du 94, du 93, du 91, et évidemment du 75. Voila un bon sujet à traiter d’urgence à l’échelle inter-départementale !

Concernant la cohésion sociale et la solidarité entre les territoires.

D’année en année, nous constatons que les politiques publiques d’actions sociales et médico-sociales que vous menez ne répondent pas aux objectifs de développement durable comme vous l’affirmez ce rapport.

Quelques chiffres :

  • PMI (14% de femmes enceintes suivies contre 17% en 2017, 61 % de nourrissons de moins d’1 mois suivis contre 64% en 2017) ;
  • nombre de consultations de planification familiale et d’entretiens conjugal 12 247 contre 15 930 en 2017 ;
  • les actions menées auprès des personnes accueillies dans les services sociaux territoriaux 134 528 contre 141 704 en 2017 ;
  • nombre de bénéficiaires du titre améthyste en baisse 40 167 contre 45 802 en 2017, …

Et je pourrais prendre beaucoup d’autres exemples…

La réalité des chiffres confirme le désengagement du département dans ces domaines que notre groupe ne cesse de dénoncer, encore aujourd’hui, et qui amènent bien à une réduction de service aux populations.

Et le bilan du développement durable 2019, nous montrera certainement encore une situation plus catastrophique puisque vous poursuivez dans vos politiques menées en lien avec votre rapprochement avec les Yvelines.

Concernant les collèges

Au-delà, de l’amélioration de la performance énergétique des bâtiments.

Les chiffres du rapport montrent que le nombre de collégiens sensibilisé au développement durable est en baisse : 2 946 contre 3 555 en 2017.

Sur les 98 collèges publics que comptent notre département, seulement 30 collèges ont signé la charte d’engagement Eco-collège 92. 3 de plus qu’en 2017.

Seulement 26 collèges bénéficient de la valorisation des déchets alimentaires de cantine.

Concernant la restauration scolaire dans les collèges, notre groupe réaffirme sa demande que le conseil départemental favorise les circuits courts, la part du bio dans les cantines et pour cela demande de repenser la gestion de celles-ci, en favorisant la collaboration avec les régies de restauration des villes du département. Comme l’ont compris des villes du sud de notre département qui viennent de décider de faire cuisine commune pour servir plus de produits bios et locaux.

Pourquoi une telle démarche de coopération avec les communes et la région n’est pas étudiée pour déboucher rapidement dans le primaire, les collèges et les lycées sur une nourriture de qualité, bio en circuits courts ?

Plus généralement, ce rapport démontre que vous n’avez pas pris la mesure ni de l’urgence climatique ni de l’urgence sociale.

Un point positif, le rapport indique que depuis 2003, le département n’utilise aucun pesticide dans les parcs départementaux.

Notre groupe considère que c’est une bonne chose, mais il faut aujourd’hui aller au-delà !

Il nous faut décider l’interdiction des pesticides et notamment du glyphosate sur l’ensemble du département comme l’ont fait le département du Val-de-Marne mais aussi plusieurs communes des Hauts-de-Seine comme Bagneux, Gennevilliers, Malakoff, Nanterre, Sceaux et beaucoup d’autres villes de France.

Prendre une telle décision serait un soutien à tous ces élus qui sont trainés devant les tribunaux de façon scandaleuse.

Ce serait un acte fort de santé publique et de protection de nos concitoyens.

C’est pourquoi notre groupe s’associera au vœu qui nous est soumis aujourd’hui par nos collèges socialistes.

Nous espérons que votre majorité LR, UDI, LERM en fera de même.

Pour finir mon propos sur ce rapport du développement durable, je voudrais avoir quelques mots sur votre gestion des ressources humaines.

Celle-ci n’a rien de durable.

Les personnels sont en difficulté, sous pression et l’objectif de vos orientations budgétaires 2020 de continuer à ce qu’ils soient une variante d’ajustement pour faire des économies ne va pas arranger leur condition.

Vous prévoyez 275 M€ en 2020 contre 280 M€ en 2019 alors qu’en 2018 cela représentait 292 M€.

Pour notre part, nous considérons que sans les agents, les fonctionnaires, les contractuels, le service public n’existe pas. Ils en sont le cœur battant.

A la question que j’ai posée en introduction, notre groupe réponds donc non et il votera « contre » ce rapport.

C’est dommage car avec les moyens dont notre collectivité dispose, nous pourrions être à la pointe de l’engagement nécessaire pour transformer radicalement notre mode de développement et choisir véritablement un développement durable !

Ce n’est malheureusement pas le cas.