Monsieur le Président, Cher-e-s Collègues.

C’est un rapport qui est devenu obligatoire depuis le Grenelle 2. Malgré cet aspect-là, je voudrais remercier les services qui l’élaborent. Parce qu’il est complet, qu’il rentre dans le détail et il permet à tous les élus de prendre connaissance des enjeux qui sont posés par cette question du développement durable.

Je ne suis pas sûr que nous soyons tous aussi attentifs à ces sujets, quand je vois, d’ailleurs, le peu de présence à la Commission qui avait à en débattre, puisqu’avec la Présidente, nous étions bien seuls, puisque nous y étions deux élus. Je crois que c’est révélateur quand même de choses plus profondes qui séparent nos sensibilités sur la prise en compte de ces sujets.

Le rapport doit examiner le bilan des actions conduites en interne à la Collectivité, le bilan des politiques publiques mises en œuvre sur notre territoire, la synthèse des pratiques professionnelles et de la gouvernance.

Le cadre normatif impose de traiter cinq finalités :

  • la lutte contre le changement climatique ;
  • la préservation de la biodiversité ;
  • la cohésion sociale et la solidarité entre les territoires et les générations ;
  • l’épanouissement de tous les êtres humains ;
  • la transition vers une économie circulaire.

On voit que l’énoncé de ces thématiques renvoie évidemment à des mesures concrètes décidées par nos politiques départementales, mais aussi quand même à des choix politiques plus globaux, cohérents, qui devraient caractériser nos choix départementaux.

Si le débat sur ce rapport a lieu avant les choix d’orientations budgétaires des Collectivités, c’est que ces orientations retenues doivent imprégner la cohérence des choix politiques et de la gestion de notre Collectivité.

Donc loin de moi et loin de nous l’idée qu’il ne se passe rien dans notre département sur cette problématique, et le rapport est une mine de renseignements et d’informations sur les politiques concrètes mises en œuvre, pour certaines, d’ailleurs, depuis des années.

Le rapport permet même de faire apparaître ce que nous pourrions faire si la volonté politique était là et si les choix financiers étaient dans le sens de ce que nous demandons, mais je laisse cet aspect-là à mon collègue Jarry. Et c’est là que notre divergence est rédhibitoire.

Alors qu’il y a urgence à changer radicalement, qualitativement et quantitativement, nos choix antérieurs, le rapport se satisfait de la politique « au fil de l’eau », sans prendre des mesures d’urgence.

Je vous rappelle que le discours de Jacques Chirac au Sommet de Johannesburg sur le développement durable date de 2002, il y a 15 ans : « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs », et il ajoutait : « Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas ». Vos politiques sont-elles au niveau des ruptures nécessaires pour se mettre en phase avec l’urgence pointée il y a 15 ans et rappelée lors de la COP 21 ? Nous ne le pensons pas, et c’est une divergence structurante entre vous et nous.

C’est vrai du changement climatique, où l’heure n’est plus simplement à élaborer des contrats de performance, aussi utiles soient-ils, dans les collèges ou ailleurs, mais de décider d’investissements massifs, d’ampleur, pour en finir avec des bâtis qui sont énergivores et qui réchauffent plus l’atmosphère que les locaux. Cela concerne les 200 bâtiments dont nous sommes propriétaires dans le département, mais aussi l’ensemble des collèges et, évidemment, nous l’avons déjà pointé, le parc de Hauts-de-Seine Habitat.

Cela concerne les déplacements des agents et des habitants. L’urgence, c’est les transports collectifs et les modes alternatifs. La liste des projets pour les Hauts-de-Seine qui est sur la table, qui est rappelée dans le document, est impressionnante, mais tous sont promis entre 2020, le plus proche, si les délais sont tenus, pour la ligne 4 à Bagneux, jusqu’à 2027 pour la ligne 15 aux Grésillons, à Gennevilliers.

L’énumération est assez simple : le T1 – prolongement – première étape : Colombes ensuite, Rueil-Malmaison– Nanterre ; le RER E ; la ligne 4 ; la ligne 15.

Il y a la question des sites propres pour les bus : 0 kilomètre nouveau depuis 2012 dans notre département.

Il y a la question des pistes cyclables : il y a quelques progrès, puisque vous êtes passés de 4 kilomètres à 11 kilomètres supplémentaires en 2016, mais toujours pas de réseau cohérent. Même le réseau annoncé en berges de Seine au nord est au point mort, sans parler de l’aberration du projet de franchissement de la Seine par le RER E sans prévoir de nouvelles pistes cyclables.

Sur tous ces projets, le Département peut faire plus pour les accélérer et, si nécessaire, bousculer le STIF et la Région. En plus, notre puissance financière permet, je crois, de faire beaucoup plus.

Inciter au développement des transports collectifs, c’est aussi aider financièrement les usagers pour qu’ils les utilisent mieux.

Le rapport se glorifie de la prise en charge à 50 % des abonnements des salariés du Conseil départemental. Il n’y a rien de très original, puisque c’est la loi et que tous les employeurs doivent rembourser à 50 % les titres de transport. Je dirai que c’est quand même se donner bonne conscience à peu de frais…

Par contre, vous refusez d’aider les collégiens, les lycéens, les apprentis, les étudiants, en prenant en charge à 50 % la carte Imagin’R, comme d’autres Départements le font.

Vous refusez d’aider tous les retraités en finançant 50 % du Pass Navigo. Je vous rappelle que les retraités sont ceux qui payent plus cher leurs titres de transport que les salariés, puisque, eux, ne sont pas pris à 50 % par l’employeur.

Bref, sur les transports, on est loin du compte si on veut vraiment inciter le développement des infrastructures et le développement de leurs usages.

Deuxième grand thème qui devrait être traité : l’éradication de la pauvreté. Là, je vais être plus court, puisque séance après séance, nous vous interpellons sur les politiques sociales et de solidarité de notre Collectivité. Non seulement vous ne voulez pas entendre et prendre en compte cette dimension du développement durable, mais vous justifiez vos coupes sombres budgétaires par un discours idéologique qui stigmatise les territoires qui ont le plus besoin de cette solidarité.

C’est vrai à l’échelle départementale, c’est vrai aussi à l’échelle métropolitaine et régionale, avec votre forcing pour cultiver l’entre nous avec nos voisins du 78. Les territoires les plus riches, évidemment, sont mieux quand ils se rassemblent entre eux, même si, aujourd’hui, votre stratégie est en difficulté. Il n’y a qu’à écouter ce qui a été dit à la réunion récente à Versailles.

C’est vrai aussi de vos méthodes de gouvernance et de gestion.

Nous aurons le débat des orientations budgétaires dans quelques minutes, où, encore une fois, nous pointons vos mauvais choix de gestion.

Dans un Département qui pourrait être à l’avant-garde du développement durable, qui pourrait, avec les moyens qu’il a, donner l’exemple à d’autres Collectivités, vous sacrifiez l’avenir par des choix financiers qui pénalisent les populations, les associations et les territoires.

Même si nous sommes aussi très respectueux du rôle des syndicats de personnels dans cette Collectivité, nous ne sommes pas sourds au mécontentement qui s’exprime et que nous relayons souvent, à la réduction aussi des journées de formation des personnels – je ne vous donne qu’un chiffre : elles sont passées de 23 630 en 2011 à 14 000 en 2016 – ou aux angoisses que l’on entend tous face au projet de fusion avec le 78.

S’il fallait, pour terminer, un autre exemple de nos divergences sur le contenu du développement durable, c’est votre rapport aux citoyens et votre refus, sur un sujet aussi lourd que le projet de disparition du Département dans sa fusion avec le 78, de les consulter, remarque qui, vous le savez, s’applique, pour nous aussi au Gouvernement actuel et à son projet à venir d’évolution institutionnelle.

Vous l’avez compris, nous voterons donc contre ce rapport sur la situation en matière de développement durable de l’année 2016. Merci.