Monsieur le Président, Cher-e-s Collègues,

Mon intervention portera sur les deux rapports qui nous sont présentés concernant la Cité Départementale de l’Enfance et de l’Adolescence, sur les effectifs budgétaires et le budget primitif.

Ce n’est malheureusement pas la première fois que nous dénonçons les graves dysfonctionnements qui existent au niveau de l’aide sociale à l’enfance. A force de diminuer les budgets, de supprimer des postes, de fermer des structures, de déléguer les missions, qui relèvent pourtant de vos compétences directes, vous avez complètement déstructuré l’accueil et l’accompagnement des enfants et adolescents en danger.

C’est aujourd’hui, faute de moyens suffisants, quasiment un abandon des personnes les plus fragiles que sont les enfants en situation de rupture familiale ; alors que c’est un domaine où il y a un besoin immense de stabilité pour la construction et l’autonomie de ces jeunes, vous faites le choix de la déstructuration.

Ainsi, faute de places dans les foyers d’hébergement, les services de l’Aide Sociale à l’Enfance de notre Département, pourtant l’un des plus riches de France, sont de plus en plus souvent conduits à placer des enfants en hôtel et ce parfois dès l’âge de 13-14 ans, seuls ou à deux dans une chambre ; sans compter évidemment tous les risques que l’on fait prendre à ces enfants, qui sont extrêmement vulnérables, en matière de harcèlements, d’abus sexuels et de risques de prostitution.

Ces enfants se retrouvent donc isolés, sans aucune surveillance éducative, de nuit comme de jour. Les gérants de ces hôtels, souvent bas de gamme, sont sollicités pour transmettre, chaque jour, les quelques sous qui permettront à ces enfants de manger dans la journée. En 2016, une telle situation est stupéfiante et indigne !

 Malgré cette réalité, que les personnels dénoncent également depuis plusieurs années et avec énormément d’inquiétude, de colère et parfois même de désarroi ces derniers mois, vous persistez dans des choix que nous considérons inadmissibles en matière d’accueil d’urgence pour les enfants et adolescents en danger.

La recentralisation des équipes sur Nanterre pour le suivi des familles d’accueil crée de l’éloignement vis-à-vis des familles et de l’épuisement chez les personnels. Les familles n’y trouvent plus leur compte puisque ce sont des équipes différentes qui assurent le suivi des enfants qu’elles ont à leur domicile. La situation dans les accueils collectifs est également très problématique.

En effet, après le foyer de Villeneuve-la-Garenne, le foyer des Goulvents à Nanterre, ceux de la Courte Echelle, Parmain, Rambouillet, le Stase 5 ; c’est aujourd’hui au tour des foyers Colbert au Plessis Robinson et Champtier à Rueil-Malmaison de fermer leurs portes. Le corolaire de ces fermetures est bien évidement la suppression de postes. 52 suppressions de postes pour ces deux foyers !

 Le rapport 16.82 que vous nous proposez se veut évidement rassurant. On nous explique que sur les 52 postes supprimés, je cite  « les agents n’ayant pas effectué une mobilité seront positionnés en sureffectif sur des postes vacants à la Cité de l’Enfance ».

Alors cela pose plusieurs questions : Combien d’agents sont partis volontairement ? Combien vont être positionnés en sureffectif sur des postes vacants ? Est-ce que ces postes vacants correspondent aux métiers et aux qualifications des agents à reclasser ?

Enfin, et non des moindres : Combien il y a-t-il de postes vacants à la Cité de l’Enfance ? N’est-ce pas là, la clef principale des difficultés du service pour assurer un suivi réel et sérieux des enfants placés ?

Alors, le tableau des effectifs, que vous nous soumettez aujourd’hui, est une illustration parfaite de ce que subiront les agents publics dans les années à venir, si votre candidat, François Fillon est élu en 2017.

Supprimer des fonctionnaires conduit nécessairement à des suppressions de missions de service public. Et très souvent au détriment des plus précaires, des populations les plus en difficulté.

C’est évidemment contraire à la société de solidarité et de vivre ensemble que nous sommes nombreux ici à appeler de nos vœux.

Par contre, je vous le concède, supprimer des fonctionnaires et des services publics permet de faire des économies. C’est un fait !

Le rapport 16.93 relatif au frais de fonctionnement de la Cité de l’Enfance prévoit un budget en nette baisse. Moins 2 millions de frais de personnel pour la Cité de l’Enfance !

 Au total ce sont plus de 3 millions économisés sur les structures d’accueil de l’ASE entre « baisse », « réduction »,  « réajustement », « diminution », « rééquilibrage » et « ajustement au plus près des besoins ». Le champ lexical de l’austérité est vaste et vous en faites bon usage.

Mais au-delà de ces économies réalisées dans l’immédiat, quel sera le coût social ? Combien de personnes délaissées ? Combien d’enfants et d’adolescents laissés à leur triste sort ? Quel sera leur devenir ? Ce sont des choix que nous contestons d’autant plus que le budget départemental ne connait pas la crise ; un excédent budgétaire de plus de 235 millions a encore été dégagé l’an dernier.

Enfin, lors d’une de mes précédentes interpellations, vous aviez consentit à organiser des visites des élu.e.s à la Cité de l’Enfance pour que nous puissions rencontrer les personnels et visiter cet établissement. Force est de constater qu’un an après, cela n’a pas été organisé.

Il existait également un journal de la protection de l’enfance ; celui-ci ne parait plus depuis 2013.

La dernière étude sur le profil des enfants accueillis date de 2011. Nous constatons et regrettons ce complet désintérêt.

Vous l’aurez compris Monsieur le Président, nous ne partageons pas les choix qui sont faits en matière d’Aide Sociale à l’Enfance.

Notre groupe ne votera donc aucun de ces deux rapports.

Nous voulons une politique d’aide sociale à l’Enfance digne du 21ème siècle, qui ne laisse aucun enfant sur le bord de la route.

Je vous remercie.