Lors de la séance publique du 17 juin 2016, Laureen Genthon est intervenue au sujet de la Cité de l’Enfance qui accueille les jeunes en danger. La majorité a décidé de fermer deux foyers, réduisant de 25 le nombre de places disponibles sur notre département.

Retrouvez ci-dessous la retranscription de son intervention orale qui a mis la majorité en difficulté car dépourvue d’arguments valables pour justifier cette décision injuste.

Monsieur le Président, Cher(e)s Collègues,

Mon intervention portera sur l’ensemble des rapports qui nous sont présentés concernant la Cité Départementale de l’Enfance et de l’Adolescence (effectifs budgétaires, compte administratif 2015 et budget supplémentaire 2016).

L’aide sociale à l’enfance est une des compétences majeures des départements. Or, depuis 3-4 ans le département ne cesse de transférer ou de fermer des sites accueillant les enfants en danger. Vous ne cessez de détricoter le mode d’accueil d’urgence départemental des enfants en danger ou en risque de l’être, alors que c’est un domaine où il y a un besoin immense de stabilité pour la construction et l’autonomie de ces jeunes.

En effet, après le foyer de Villeneuve-la-Garenne, le foyer des Goulvents à Nanterre, ceux de la Courte Echelle, Parmain, Rambouillet, le Stase 5, c’est, aujourd’hui, au tour des foyers Colbert au Plessis Robinson et Champtier à Rueil-Malmaison de fermer leurs portes.

Vous prévoyez donc d’accueillir moins de jeunes en difficultés.

Après la fermeture en août 2015 du service de la Courte Échelle (soit moins 30 places) et de la diminution de la capacité d’accueil du FARU (Familles d’Accueil Relais d’Urgence) passant de 24 à 10 places (soit moins 14 places), la Cité Départementale de l’Enfance et de l’Adolescence disposait alors de 83 places ; c’est ce qui est indiqué dans le Compte Administratif 2015. Avec la fermeture de ces deux foyers, cela fera donc, encore 25 places d’accueil en moins pour les jeunes les plus en difficultés dans notre département.

Vous évoquez pour la fermeture de ceux-ci votre incapacité à régler des difficultés de fonctionnement qui durent depuis plusieurs années.

Mais la réalité est tout autre, vous voulez fermer ces foyers car ils accueillent 70% de Mineurs Isolés Étrangers et 30%, je cite, « d’incasables », c’est le qualificatif que vous utilisez dans une note de la direction Famille-Enfance-Jeunesse du Pôle Solidarités.

Vous ne voulez pas accueillir ces jeunes. Et vous ne vous en cachez pas puisque vous écrivez dans cette même note ; je la cite : « pour les deux sites, des projets de réhabilitation et de requalification ont été envisagés mais n’ont pas été menés à bien car ils n’auraient pas réglé la question de leur adaptation globale à la mission et les deux municipalités d’implantation ont pu exprimer leur réticence à une pérennisation de leur activité.

Des solutions ont été aussi recherchées dans la commune de Suresnes, où le département est propriétaire d’un foyer en bon état qui accueillaient de jeunes policiers, mais la municipalité était des plus réservées à accueillir un public de jeunes difficiles sur son territoire. »

C’est édifiant d’écrire et de lire cela, mais peu surprenant quand on sait l’histoire de ce département et vos antécédents en matière d’exclusion sociale et d’entre soi !

Une récente enquête de l’Unicef estime à 500 le nombre de mineurs migrants non accompagnés en France vivant dans des conditions effroyables et exposés à la violence et à la prostitution.

Dernièrement, notre groupe a participé à une conférence de presse du Réseau Education Sans Frontière des Hauts-de-Seine qui dénonçait les conditions déplorables dans lesquelles sont accueillis les Mineurs Isolés Etrangers par notre département.

Des témoignages de jeunes mis dans des hôtels où les conditions d’hygiène et de sécurité semblent être hors normes pour certains.

Des jeunes pour lesquels les travailleurs sociaux, eux-mêmes, font le constat que leur accompagnement ne se fait plus faute de moyens humains. Des jeunes abandonnés des services publics.

Oui, c’est le sort que réserve notre département à des adolescents qui ont fui la guerre et la misère.

Même si l’Etat n’est pas sans responsabilité face à ces situations bien souvent dramatiques, notre département dispose de moyens financiers importants qui permettraient de les accueillir dignement.

Aujourd’hui, au regard du budget supplémentaire pour la Cité Départementale de l’Enfance et de l’Adolescence, vous n’avez pas prévu de renforcer d’une façon pérenne les moyens humains nécessaires pour accueillir tous les jeunes en difficultés puisque vous transférez d’un groupe à l’autre des financements pour des prestations d’intérim et le recours à des praticiens extérieurs.

D’autre part, on peut se poser la question du devenir des 43 agents qui travaillaient dans les foyers que vous fermez ? Vous allez les redéployer semble-t-il, mais dans quelles conditions ?

Notre groupe leur apporte son soutien et plus généralement à l’ensemble des personnels qui seront en grève mardi prochain le 21 juin pour exprimer leur inquiétude grandissante sur plusieurs sujets, à savoir :

        1- la dégradation manifeste de leurs conditions de travail,

        2- les incessantes réorganisations de services, à l’exemple du regroupement des EDAS, qui ne permettent plus aux agents d’assurer correctement leur mission de service public et qui placent les personnels en situation de danger, à l’exemple de ce qui s’est passé dernièrement à l’EDAS de Rueil-Malmaison où une responsable a été violemment frappée,

        3- les modalités de transfert des agents dans le cadre de la fusion,

        4- le non renouvellement des CDD.

 Je vous remercie.